Observatoire Europe (Eurolaw & FMES)

Les analyses de l'Observatoire EUROPE

Une initiative conjointe de la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques et d’Eurolaw France Cyber.

Redéfinir les relations transatlantiques : des perceptions européennes divergentes à la recherche d’une approche stratégique commune

par Bruno Dupré, Directeur de l’Observatoire Europe

Redéfinir les Relations Transatlantiques (1ere Partie)

Résumé

Les récents développements de la scène politique américaine – Ukraine, Venezuela, Groenland, Iran – obligent les Européens à procéder à une réévaluation réaliste de la relation transatlantique.

Une sorte de « reset ».

Les Européens doivent reconnaître qu’un certain nombre de tendances observées ces dernières années – la priorité croissante accordée à la région indo-pacifique, l’utilisation des interdépendances économiques et financières à des fins stratégiques, l’instabilité du leadership politique américain – sont susceptibles de perdurer bien au-delà de l’ère Trump.

La question n’est pas tant de savoir si nous pouvons encore faire confiance aux États-Unis et, par conséquent, si la relation transatlantique doit être préservée, mais comment elle peut être refondée sur des bases plus équilibrées et plus résilientes.

Cela nécessite une double démarche : premièrement, établir un diagnostic clair des principales dépendances de l’Europe vis-à-vis des États-Unis ; deuxièmement, identifier des options stratégiques réalistes capables de réduire leur nature asymétrique afin de rétablir un partenariat véritablement plus équilibré.

Au-delà de la dimension transatlantique elle-même, une telle réévaluation comporte des implications stratégiques plus larges. Réduire les dépendances structurelles vis-à-vis des États-Unis et rétablir un partenariat plus équilibré avec Washington renforcerait non seulement l’autonomie stratégique et la résilience de l’Europe, mais améliorerait également sa crédibilité vis-à-vis de concurrents systémiques tels que la Russie et la Chine, ainsi qu’auprès de partenaires partageant les mêmes valeurs qui comptent sur l’Europe pour faire respecter et défendre un ordre international fondé sur des règles.

Le présent document se veut une première note d’orientation. Son objectif n’est pas d’épuiser le sujet, mais plutôt de définir le cadre d’une étude plus large qui débouchera, avant la fin de l’année 2026, sur un rapport final combinant une analyse synthétique intersectorielle et des études thématiques détaillées.

Redéfinir les Relations Transatlantiques (2e Partie)

Résumé

Il est désormais largement admis au sein de l’Union européenne que certaines dépendances vis-à-vis de Washington sont devenues stratégiquement problématiques. Le consensus est en revanche bien moins marqué quant aux mesures à prendre pour y remédier. Bien qu’on observe une convergence progressive des points de vue, cette dynamique doit encore se traduire par des engagements concrets et exploitables.

Il est certain que le débat a considérablement évolué depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Même parmi les pays traditionnellement atlantistes, on reconnaît désormais de plus en plus que l’Europe ne peut plus fonder sa posture stratégique à long terme sur l’hypothèse d’un engagement américain automatique et d’une prévisibilité sans faille. Les États membres qui, historiquement, considéraient avec méfiance les discussions sur l’autonomie stratégique européenne reconnaissent de plus en plus que la réduction de certaines dépendances critiques relève moins d’une préférence politique que d’une nécessité stratégique.

Les États membres de l’Union européenne continuent toutefois d’avoir des perceptions très divergentes de la relation transatlantique. Ils ne s’accordent pas sur le rôle que les États-Unis devraient jouer en matière de sécurité européenne, ni sur le degré d’autonomie stratégique que l’Union européenne devrait chercher à développer dans des domaines critiques tels que l’énergie, l’armement, le commerce, le numérique, la technologie, la finance et l’État de droit.

Ces divergences trouvent leurs racines dans la géographie, l’histoire, la culture stratégique, l’exposition économique et les traditions nationales. Malgré des indices clairs montrant que le président Trump cherche à se désengager et à entrer en confrontation sur de nombreuses questions, pour certains États membres de l’UE, notamment en Europe centrale et orientale, les États-Unis restent le garant indispensable de la sécurité territoriale face à l’agression russe. Pour d’autres, notamment dans certaines régions d’Europe occidentale, le défi consiste de plus en plus à réduire les dépendances excessives dans des secteurs critiques et à veiller à ce que l’Europe puisse agir de manière plus autonome dans un monde marqué par une concurrence géopolitique croissante et par l’incertitude quant aux engagements américains à long terme.

À première vue, ces approches divergentes peuvent sembler empêcher l’émergence d’une stratégie européenne cohérente vis-à-vis des États-Unis. Et cela a effectivement été le cas pendant des années. Cependant, les développements de ces dernières années tendent également à démontrer que, malgré leurs différences, les Européens ont su s’accorder sur un certain nombre de réponses communes dans des domaines tels que la coopération en matière de défense, la sécurité énergétique, la politique industrielle, les sanctions et les instruments de protection commerciale. La question n’est donc pas de savoir si une convergence est possible, mais si l’Union européenne peut passer d’une coordination « ad hoc » et réactive à une approche plus structurée et stratégique, capable de rééquilibrer la relation transatlantique.

Ce (deuxième) article sur la redéfinition de la relation transatlantique soutient que la diversité des perceptions européennes à l’égard des États-Unis ne constitue pas en soi le principal obstacle à une stratégie européenne plus cohérente. Le véritable défi consiste à transformer les approches nationales fragmentées, dans tant de domaines, en un cadre collectif et plus structuré qui reconnaisse à la fois la nécessité de préserver l’alliance transatlantique tout en redéfinissant les termes de l’équation et en s’attaquant de toute urgence aux vulnérabilités structurelles de l’Europe. Bien que des progrès importants aient été réalisés, l’Europe devra aller beaucoup plus loin si elle souhaite s’imposer comme un acteur stratégique crédible dans un ordre international de plus en plus transactionnel.